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L’Ineris a publié hier les résultats de la campagne de mesure des résidus de pesticides dans l’air menée de juin 2018 à juin 2019. En lien, l'ANSES publie les premiers éléments d'interprétation sanitaire. Cette campagne s'imbrique également dans le programme de surveillance mis en place par Atmo Nouvelle-Aquitaine depuis 2000.

Une meilleure connaissance des pesticides dans l'air ambiant

Quelles molécules ont été retrouvées en plus grande quantité en France ?

A l'échelle nationale, on retiendra que 8 substances présentent des concentrations moyennes annuelles supérieures à 0,1 ng/m: chlorothalonil, chlorpyriphos méthyl, fenpropidine, folpel, pendiméthaline, prosulfocarbe, pyriméthanil, triallate.

De toutes les substances mesurées en métropole, le folpel et le prosulfocarbe présentent des niveaux de concentration nettement supérieurs aux autres, avec respectivement une moyenne annuelle de 1,03 et 2,61 ng/m3

Parmi les 8 molécules retrouvées en plus grande quantité, quelles sont celles qui ont été identifiées sur un type de culture particulier ?

  • Le prosulfocarbe (herbicide), dont la présence est la plus marquée sur les sites « grandes cultures » par rapport aux autres profils agricoles ;

  • Le folpel (fongicide), retrouvé majoritairement en « viticulture » ;

  • La pendiméthaline (herbicide), retrouvée sur l’ensemble des profils agricoles, mais de manière plus marquée sur les sites « grands cultures » aussi bien en métropole que dans les DROM ;

  • Le triallate (herbicide), dont la présence est très marquée sur les sites « grandes cultures » 

  • Le chlorothalonil (fongicide) et chlorpyrifos-méthyl (insecticide), plus fréquemment présents sur les sites « grande culture » et « sans profil agricole »

De nouvelles substances mesurées grâce aux progrès techniques

Parmi les 75 substances étudiées, 12 substances, dont le glyphosate, le fluopyram et le pentachlorophénol, ont été mesurées pour la première fois à l’échelle nationale grâce aux développements et à l’amélioration des performances des techniques de mesure et d’analyse, financés dans le cadre de cette campagne.

ZOOM SUR LE GLYPHOSATE : Bien que le glyphosate ait été classé en 2015 « cancérigène probable pour l’Homme » par le CIRC, il est peu recherché dans l’air car cette molécule est très soluble dans l’eau et peu volatile. De plus, sa mesure nécessite d’autres moyens de mesure et analytiques que ceux employés pour les autres pesticides. Le glyphosate a été mesuré pour la première fois en Nouvelle-Aquitaine (site du Médoc) dans le cadre de cette campagne nationale. Les concentrations mesurées sont de l’ordre du 100e de ng/m3 . Elles sont comparables à celles des autres sites nationaux.
Glyphosate - concentration moyenne annuelle en fonction des sites et des cultures

Glyphosate : concentrations moyennes annuelles des concentrations dans l'air en fonction des sites et des cultures

Le dispositif de mesure

Profil agricole principal des sites de mesures et type d'occupation du sol associé

Profil agricole principal des sites de mesure et type d'occupation du sol associé

Grâce à un protocole de mesure harmonisé, cette campagne a permis de mesurer 75 substances sur 50 sites couvrant des situations variées et répartis sur l’ensemble du territoire national (Métropole et DROM). Le recueil de 112 000 données et l’analyse de 1 800 échantillons correspondants ont contribué à l’amélioration des connaissances sur les résidus de pesticides présents dans l'air ambiant pour mieux évaluer l'exposition de fond de la population (mesures non réalisées en bordure de parcelles).

Ls 50 sites de prélèvements couvrent l’ensemble des régions et prennent en compte les différents types de zones d’habitation (52% de sites urbains/péri-urbains et 48% de sites ruraux) et de productions agricoles (40% de sites en grandes cultures, 22% de sites viticoles, 22% de sites arboricoles, 14% de sites en maraîchage et 6% de sites d’élevage).

Les substances ciblées entrent, selon le cas, dans la composition des produits phytopharmaceutiques, de produits biocides, de médicaments vétérinaires et antiparasitaires à usage humain. Elles avaient été priorisées par l’ANSES sur la base de leurs caractéristiques de danger et de critères d’utilisation, d’émission et de persistance dans l’air.

Quel avenir pour la surveillance des pesticides ?

La mise en place d’une surveillance nationale des pesticides dans l’air ambiant constitue une priorité définie dans le cadre du plan d’action gouvernemental sur les produits phytopharmaceutiques et du plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA) 2017-2021. Elle est le fruit de la collaboration Anses / LCSQA-Ineris / Atmo France.

Depuis le début des années 2000, les AASQA réalisent des mesures régionales de pesticides dans l’air ambiant, qui ont été valorisées nationalement dans le cadre de la mise sous Opendata des données dans la base Phytatmo En tant que partenaires du dispositif de phytopharmacovigilance (PPV), qui s’appuie sur cette base, elles transmettent l’ensemble de ces données à l’Anses depuis 2015.

Cette campagne devrait permettre à terme de définir une stratégie de surveillance des pesticides dans l’air à l’échelle nationale.

L'ANSES publie également des premiers éléments d'interprétation sanitaire des résultats de cette campagne.

Atmo Nouvelle-Aquitaine publiera cet été, le bilan de sa surveillance régionale des pesticides de l'année 2019.