Partager :

Dans la matinée du 8 avril 2021, Atmo Nouvelle-Aquitaine a mesuré des concentrations élevées de particules en suspension PM10 dans l'air du territoire bordelais. Plusieurs habitants nous ont aussi signalé des odeurs de fumées la veille et ce matin-là. Des pratiques agricoles de brûlages de matière organique ou d’origine fossile ont eu lieu dans les nuits du 6 au 7 et du 7 au 8 avril pour lutter contre le gel des pieds de vignes. Cet article fait le point sur la pollution de l'air enregistrée à cette occasion.

Un pic bref, mais intense, de pollution aux particules

Entre les 7 et 8 avril derniers, les concentrations de particules en suspension PM10 mesurées par Atmo Nouvelle-Aquitaine dans l'air girondin ont augmenté. Le graphique ci-dessous représente l'évolution de ces concentrations, heure par heure, sur chacune de nos 6 stations de mesure implantées dans la métropole bordelaise.

Graphique de l'évolution horaire de la pollution de l'air par les particules PM10 du 7 au 8 avril 2021 en Gironde

Évolution heure par heure de la pollution de l'air par les particules PM10 du 7 au 8 avril 2021 en Gironde

La station de Bassens a enregistré des concentrations de particules PM10 plus élevées que les autres stations de mesure

Le 8 avril, le pic horaire le plus élevé est mesuré par la station de Bassens : 420 μg/m3 à 10h (Cf. courbe bleue sur le graphique ci-dessus). À 11h les concentrations sont encore excessivement élevées à 357 μg/m3. Deux heures plus tôt, à 9h, la concentration horaire mesurée à Bassens était déjà de 115 μg/m3. A partir de 12h, les PM10 de Bassens diminuent (80 μg/m3 à 12h, puis 31 μg/m3 à 13h) pour ne plus dépasser 20 μg/m3 tout le reste de la journée du 8 avril.

Les autres stations de mesure de l'agglomération bordelaise enregistrent toutes des concentrations de PM10 supérieurs à 150 μg/m3 pendant 1 ou 2 heures, sur un laps de temps très court compris entre 8h et 10h.

 

Ce pic de pollution peut être qualifié de fulgurant, mais les niveaux de concentrations mesurés ne doivent pas minimiser l’ampleur du phénomène. Les niveaux de pollution en particules PM10 auxquels la population riveraine a été exposée sont bien réels.
Louise Declerck, ingénieure d'astreinte d'Atmo Nouvelle-Aquitaine.
Brûlage dans les vignes

Pas d'épisode de pollution au sens réglementaire

Le seuil réglementaire d’information et de recommandations est fondé, pour les PM10, sur une moyenne journalière. Ce seuil est fixé par le Code de l'environnement à 50 μg/m3 en moyenne sur une journée. Toutes les stations témoignent de concentrations de PM10 supérieures à 50 μg/m3sur un pas de temps horaire, et ce pendant plusieurs heures consécutives, entre 8h et 11h. Toutefois, seule la station de Bassens a dépassé le seuil d’information et recommandations (fixé à 50 μg/m3), avec une moyenne journalière le 8 avril 2021 s’élevant à 54 μg/m3 (Cf. graphique ci-dessous). Ce dépassement localisé du seuil d'information et de recommandations n'était pas suffisant pour caractériser un épisode de pollution au sens de l'arrêté préfectoral relatif aux procédures d'information-recommandations et d'alerte en cas d'épisode de pollution.

Graphique de l'évolution journalière de la pollution de l'air par les particules PM10 du 6 au 8 avril 2021 en Gironde

Évolution journalière de la pollution de l'air par les particules PM10 du 6 au 8 avril 2021 en Gironde

Quelles sont les 6 stations de mesure des PM10 en Gironde ?
Carte des stations de mesure de la pollution par les particules PM10 en Gironde

Stations de mesure de la pollution de l'air par les particules PM10 en Gironde

Six stations mesurent les particules PM10 présentes dans l'air de la métropole de Bordeaux :

  • La station de Bassens est une station urbaine de fond. Cela signifie qu'elle est représentative de la pollution dite de fond, c’est-à-dire éloignée de sources de pollutions particulière (par exemple transport routier ou activités industrielles). Les stations de Grand Parc et Talence sont de la même typologie (stations urbaines de fond),
     
  • Les stations Bastide, Mérignac et Gautier sont des stations urbaines trafic, c’est-à-dire situées à proximité d’axes routiers fréquentés. Elles permettent de représenter le niveau de pollution maximale auquel est exposée la population située à proximité.
     

Des particules contenant des résidus de végétaux et de combustibles fossiles

Notre  station de Talence, au sud de Bordeaux, est équipée de deux appareils qui servent à connaître la composition chimique des particules, et donc d'en déduire leur origine.

L'un des deux, appelé aéthalomètre AE33, nous permet de distinguer et quantifier deux sources différentes du black carbon (appelé aussi carbone suie) qui est un des composants des particules :

  • la combustion de biomasse, comme par ex. le bois de chauffage ou la paille brûlée dans les vignes ;
  • la combustion de combustibles fossiles, comme, par exemple, les carburants des véhicules ou la paraffine des bougies utilisées lors des brûlages par les viticulteurs.

Ces deux sources de black carbon ont été relevées le 8 avril, entre 7h et 12h, notamment dans des proportions importantes.

L'autre appareil, appelé ACSM, a détecté le 8 avril dans les particules, des quantités importantes de matière organique, dont du lévoglucosan. Le lévoglucosan est un traceur de la combustion de biomasse. Les quantités relevées sont faibles, mais largement supérieures à ce qui est constaté habituellement.

Enfin, des quantités certes moins importantes, mais non négligeables, de nitrate d’ammonium, de sulfate d’ammonium et d'ammonium ont été mesurées cette même journée dans les particules. Le nitrate d’ammonium dérive de précurseurs gazeux :

  • l'ammoniac, qui provient des activités agricoles (élevage et utilisations d’engrais azotés) et des moteurs à essence catalysés ;
  • les oxydes d’azote, qui sont émis par les multiples procédés de combustion.

Les quantités de nitrate d’ammonium s’expliquent par les émissions listées ci-dessus, mais également par les conditions météorologiques du matin du 8 avril : températures faibles et forte humidité ont entraîné une stabilité des particules de nitrate d’ammonium dans l'air.

En quoi consistent les brûlages pour protéger les vignes du gel ?
Les températures négatives au printemps peuvent réduire très fortement la production viticole à l'automne suivant. Cette année, les températures clémentes de mars ont favorisé la formation de bourgeons. Or à partir de fin mars jusqu'à début mai, les températures peuvent redevenir négatives dans la nuit, ce qui peut être néfaste aux bourgeons. Les viticulteurs sont donc autorisés, sous certaines conditions, à mener des actions de protection de leurs pieds de vigne. Pour protéger les bourgeons, les viticulteurs peuvent allumer des grosses bougies ou brûler des bottes de paille, entre les ceps de vigne. Le brûlage permet de faire monter de 0,5 à 1°C la température autour des vignes, et de créer un voile de fumée au dessus de celles-ci pour les protéger des premiers rayons du soleil qui "grillent" les bourgeons gelés. Ce brûlage à l'air libre, comme toute combustion, émet des polluants dans l'air, notamment des particules. Lorsqu'il a lieu à un moment où les masses d'air sont stables, les concentrations en particules dans l'air peuvent augmenter fortement.

Pour en savoir +, consultez le communiqué de la Préfecture de la Gironde et celui de la Chambre départementale d'agriculture de la Gironde.