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21 novembre 2019
Pesticides
Atmo Nouvelle-Aquitaine
Air intérieur

Air intérieur : découvrez le quotidien de Fiona et Jordan, ingénieure et technicien en qualité de l'air intérieur

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Après vous avoir présenté dans un précédent article le quotidien de Louise Declerck, ingénieure d’étude inventoriste, nous vous proposons de poursuivre la découverte des métiers de la surveillance de la qualité de l’air à travers le portrait de Fiona Pelletier et Jordan Litaud, respectivement ingénieure d’étude et technicien spécialisés en air intérieur chez Atmo Nouvelle-Aquitaine. Nous les avons interrogés pour comprendre la manière dont ils travaillent.

Quel est votre parcours ?

Jordan : J’ai obtenu un Bac S puis réalisé une License Sciences de la Vie et de la Santé - parcours Biologie et Chimie de l'Environnement à l’Université de Limoges. Après un CDD d’un an chez AUREA Agrosciences (laboratoire d’analyse et de conseil agro-environnemental) où j’ai préparé des échantillons et participé aux analyses, j’ai postulé à une offre d'emploi chez Atmo Nouvelle-Aquitaine.

Fiona : Je n’ai pas fait une formation spécialisée dans le domaine de la qualité de l’air intérieur, mais un Master de chimie de l’environnement beaucoup plus général où il était question de qualité de l’air mais aussi, par exemple, de qualité des eaux, du sol ou du traitement des déchets. Puis, ma première expérience professionnelle au sein d’une AASQA a été essentiellement tournée vers la qualité de l’air intérieur (QAI). C’est au cours de cette expérience que j’ai appris les enjeux particuliers de la QAI, les sources de pollution spécifique qui n’existent pas forcément en air ambiant, mais aussi l’aspect règlementaire.

Quelles sont vos missions et votre rôle, comment s’organise votre équipe ?

Fiona : Nos missions en qualité de l’air intérieur (QAI) au sein d’Atmo Nouvelle-Aquitaine sont variées. Nous pouvons accompagner des collectivités pour améliorer la qualité de l’air au sein d’établissements scolaires, notamment dans le cadre de la réglementation « Surveillance de la QAI dans les ERP ». Atmo Nouvelle-Aquitaine possède d’ailleurs l’accréditation COFRAC pour réaliser les mesures dans ce cadre réglementaire. Atmo Nouvelle-Aquitaine participe également à des projets plus exploratoires toujours dans l’optique d’améliorer la qualité de l’air intérieur. Par exemple, la mesure des biocides dans les logements particuliers (dans le cadre du PRSE) ou encore la mesure de polluants émergents dans les immeubles de bureaux (avec le LaSIE de La Rochelle Université et le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment - CSTB), pour lesquels il n’existe à ce jour que très peu de données.

En tant qu’ingénieure en charge de ces projets, mon rôle est d’échanger avec les partenaires, de réaliser les plans d’échantillonnage, de planifier les campagnes de mesures puis d’exploiter et communiquer les résultats. 

Pour que l’ensemble des campagnes de mesures se déroulent bien, la communication entre l’ingénieure et le technicien est primordiale tout au long des études.

Jordan : J’ai été recruté par Atmo Nouvelle-Aquitaine pour deux missions à plein temps pendant 1 an. 

La première mission a démarré en septembre 2018. J’ai réalisé dans 30 immeubles de bureaux répartis sur toute la région Nouvelle-Aquitaine des prélèvements de polluants émergents peu documentés et qui n’avaient jusque-là jamais fait l’objet de mesures. Il s’agissait d’une campagne expérimentale POEME menée en partenariat avec le Lasie de La Rochelle Université et le CSTB

La deuxième mission complémentaire a porté sur l'étude des biocides dans 20 logements de particuliers de l'agglomération de La Rochelle dans le cadre du PRSE Nouvelle-Aquitaine. L’air à l’intérieur des logements a été prélevé durant 2 périodes (été/hiver). Les filtres de prélèvement ont été récupérés tous les 7 jours.

En tant que technicien de mesures, je suis chargé de gérer les stocks de consommables, garantir le bon fonctionnement du matériel de mesures, organiser et réaliser les campagnes et transmettre les échantillons aux différents laboratoires d’analyses.

Quels outils et méthodes utilisez-vous au quotidien ?

Fiona : De nombreuses substances différentes peuvent être recherchées dans l'air intérieur, ce qui implique de nombreuses méthodes mesures :

  • Prélèvements passifs ou actifs pour les polluants gazeux ;
  • Prélèvements sur filtres pour les polluants particulaires ;
  • Prélèvements sur filtres + mousses pour les polluants semi-volatils ;
  • Mesures avec des capteurs automatiques pour l’indice de confinement.

Les mesures peuvent durer quelques heures et jusqu’à plusieurs semaines. En QAI, plus qu’en air ambiant, il est très important de recueillir des informations sur les activités réalisées au cours des mesures dans la pièce investiguée, ce que nous faisons au moyen de différents questionnaires remplis directement par les utilisateurs des lieux.

Jordan : J’ai été au préalable formé sur une journée par le CSTB à la manipulation du matériel de mesures. Les prélèvements étaient accompagnés d’un questionnaire destiné aux occupants des bureaux.

Pour l'étude POEME, un bâtiment par semaine a été investigué à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine : La Rochelle, Bordeaux, Poitiers, Bayonne, Biarritz, Mont-de-Marsan, Limoges, Niort, Angoulême. Pour chaque bâtiment, 3 à 6 salles avec des configurations différentes (open space, bureau fermé, bureau à deux) ont fait l'objet de mesures. Ma semaine s'organisait de la manière suivante :

  • Lundi : envoi des échantillons POEME de la semaine précédente en analyse et déplacements ;
  • Mardi : déplacements et prélèvements, pose et dépose et remise du questionnaire aux occupants ;
  • Mercredi : prélèvements pour l'étude des biocides ;
  • Jeudi : envoi des échantillons biocides en analyse + préparation des prélèvements de la semaine à venir ;
  • Vendredi : dépose des prélèvements POEME (PM2,5).

Quels sont les enjeux de votre métier, à quelles problématiques faites-vous face ?

Fiona : Nous passons en moyenne 80% de notre temps dans des environnements intérieurs, or les environnements intérieurs sont souvent plus pollués que l’extérieur. Les enjeux sont donc très importants. Le métier de la qualité de l'air intérieur est assez particulier car il implique beaucoup plus de contacts avec les occupants des bâtiments. En effet, que ça soit dans un bureau, une salle de classe ou bien un logement, nous entrons forcément un peu dans la vie des personnes concernées, bien plus que dans le cadre d’une campagne de mesures en air ambiant. Le dialogue est très important, les gens sont toujours intrigués par le matériel qu’on peut installer chez eux. Ils sont aussi plus inquiets, plus impatients de connaitre les résultats de ce qu’ils peuvent respirer dans leur propre maison par exemple, ou dans l’école de leurs enfants. Ça nécessite beaucoup d’adaptation, de patience, d’écoute et de pédagogie.

Jordan : Je dois avant tout m'assurer de la fiabilité de mon matériel : chaque pompe a une métrologie différente à suivre avant et après prélèvement afin de s’assurer que le débit de prélèvement de l'air est bon. Je dois également vérifier les batteries des pompes avec un roulement de pompes testées tous les mois. Je manipule également des tubes actifs en verre très fragiles, je dois faire attention et éviter la casse. J'ai également des impératifs de planning à tenir, des prélèvements à faire sur RDV, des échantillons qui doivent très rapidement être analysés (car les molécules se dégradent vite) et doivent se conserver au frais. 

Comment voyez-vous évoluer votre métier dans les prochaines années ?

Jordan : Nous passons la majorité de notre temps à l’intérieur de bâtiments, mais nous ne sommes pas forcément plus à l’abri de la pollution. Au contraire, et c’est ce que nous essayons de montrer via ces études, que le grand public comprenne qu’il y a aussi une pollution intérieure. Je souhaiterais pouvoir continuer à montrer l’impact humain sur son environnement et l’environnement en général et participer à la préservation de la planète.

Fiona : Etant donné le temps que nous passons dans des environnements intérieurs, il est important de poursuivre les études dans ce domaine, pour améliorer la qualité de l'air intérieur. Il faut poursuivre les initiatives et la communication en ce sens, car trop peu de gens en ont conscience pour l’instant. Avec l’arrivée des micro-capteurs citoyens, tout le monde peut d’ores et déjà réaliser ses propres mesures dans son logement ou même tout au long de sa journée dans les différents environnements traversés, c’est la notion « d’exposome ». Ces mesures citoyennes doivent être accompagnées, et mises en commun pour être utiles à tous.