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Depuis mi-mars, le Covid-19 oblige la majorité des Néo-Aquitains à rester confinée chez elle. Au fil des semaines, les ingénieur.e.s d'Atmo Nouvelle-Aquitaine étudie l'impact de ce confinement sur la qualité de l'air de la région. Aujourd'hui, c'est Audrey Chataing qui nous livre les derniers enseignements de cette situation inédite.

Est-ce que le confinement a toujours autant d'impact sur la pollution d'origine automobile en Nouvelle-Aquitaine ?

Depuis le début, le confinement a eu un impact très net sur la pollution provenant du trafic routier. Nous nous y attendions puisque le nombre de véhicules a fortement diminué sur les axes de circulation. Par exemple, pour le dioxyde d'azote (NO2) qui est un excellent traceur de la pollution automobile, nous avons constaté sur les six semaines de confinement à l'échelle de toute la région, une baisse moyenne de -50% par rapport aux normales de saison. L'écart entre avant et pendant le confinement est encore plus marqué sur nos stations de mesure situées près des axes routiers.

Bien que le trafic routier ait repris légèrement ces dernières semaines (Bordeaux Métropole par exemple observe une légère augmentation progressive du trafic routier depuis le 6 avril), la pollution par le NO2 ne suit pas cette tendance pour l'instant.

Evolution des concentrations moyennes hebdomadaires de dioxyde d'azote (NO2) dans l'air de la région près des axes de circulation, avant le confinement (du 10 février au 15 mars) et pendant le confinement (du 16 mars au 26 avril) :

Graphique NO2

D'après les précédents bilans, les autres polluants de l'air (ozone, particules) n'ont pas diminué. Pourquoi ? L'activité humaine est pourtant réduite.

Il est vrai que pour les particules PM10 et PM2,5 et l'ozone (O3), le confinement n'a pas de réel impact sur les niveaux de pollution mesurés : leurs niveaux de pollution pendant le confinement sont équivalents aux normales de saison.

Evolution des concentrations moyennes hebdomadaires  de particules en suspension PM10 (à gauche)
et d'ozone (O3) (à droite) dans l'air de la région loin des axes de circulation routière,
avant le confinement (du 10 février au 15 mars) et pendant le confinement (du 16 mars au 26 avril) :

Graphique PM10
Graphique O3

Il y a plusieurs raisons à cela. En ce qui concerne les particules, on sait qu'elle sont d'origines variées : elles proviennent du chauffage, de l'agriculture, des industries et du trafic routier. Même si le trafic routier a diminué, les autres sources de particules sont restées actives pendant le confinement : chauffage des logements, travail des sols agricoles, épandage d'engrais azotés ou lisiers favorisant la formation de particules secondaires telles que le nitrate d'ammonium...

Pour l'ozone, ce sont les conditions météorologiques (ensoleillement, température de l'air) qui influencent principalement ses concentrations dans l'air ambiant. En effet, ce polluant se forme par réaction chimique entre plusieurs gaz présents dans l'air. Et cette réaction chimique est amplifiée par les forts ensoleillements et les températures élevées. Chaque année, avec les beaux jours du printemps, la pollution par l'ozone repart à la hausse à partir du mois d'avril. C'est ce que nous avons constaté cette année encore.

Profil annuel des concentrations horaires d'ozone (O3) dans l'air sur toutes les stations de mesure d'Atmo Nouvelle-Aquitaine,
sur les cinq dernières années et sur l'année 2020

Graphique profil annuel O3

En ce moment, les pollens sont particulièrement présents dans l'air. Est-ce un facteur aggravant du Covid-19 pour les personnes allergiques ?

Votre question va au-delà de mes compétences d'ingénieure d'études de la qualité de l'air ! Je m’appuierais donc pour vous répondre sur les éléments établis par notre fédération Atmo France et le RNSA. A savoir, la pollution de l’air, qu'elle soit due à des polluants chimiques comme les oxydes d'azote ou biologiques comme les pollens des plantes, fragilise les voies respiratoires et rend les organismes plus vulnérables (hypertension…). Une allergie aux pollens mal soignée tout comme une exposition chronique aux polluants chimiques de l'air peuvent donc être considérées comme des facteurs aggravants des impacts lors de la contagion par le COVID-19.

Tous les chiffres pour la région et chaque département

Les tableaux suivants récapitulent pour la région et ses douze départements, les pourcentages d’évolution des concentrations moyennes hebdomadaires de polluants dans l'air pendant les six premières semaines de confinement (du lundi 16 mars au dim. 26 avril) par comparaison aux normales de saison (médiane 2015-2019).

Lexique : fond = loin des axes de circulation routière - trafic = près des axes de circulation routière

Région Nouvelle-Aquitaine :

Tableau région

Charente (16) - Angoulême :

Tableau 16

Charente-Maritime (17) - La Rochelle :

Tableau 17

Corrèze (19) - Brive / Tulle :

Tableau 19

Creuse (23) - Guéret :

Tableau 23

Dordogne (24) - Périgueux :

Tableau 24

Gironde (33) - Bordeaux :

Tableau 33

Landes (40) - Dax / Mont-de-Marsan :

Tableau 40

Lot-et-Garonne (47) - Marmande :

Tableau 47

Pyrénées-Atlantiques (64) - Bayonne :

Tableau 64 CDA Pays Basque

Pyrénées-Atlantiques (64) - Pau :

Tableau 64 Pau

Deux-Sèvres (79) - Niort :

Tableau 79

Vienne (86) - Poitiers :

Tableau 86

Haute-Vienne (87) - Limoges :

Tableau 87
Méthode d'évaluation de l'impact du confinement sur la qualité de l'air en Nouvelle-Aquitaine : Les normales sont calculées d'après notre historique de mesures sur les cinq dernières années (2015−2019). Pour cela, chaque semaine, les normales sont évaluées sur une période correspondant à 4 semaines avant et 4 semaines après la semaine comparée. Ceci permet de s'affranchir au mieux des conditions météorologiques, variables au jour le jour, tout en gardant le caractère saisonnier des normales. Nos ingénieur.e.s ont sélectionné trois normales saisonnières : le minimum, le maximum et la médiane. La médiane est la moyenne hebdomadaire située au milieu de notre échantillon historique : 50% des moyennes hebdomadaires historiques sont en dessous et l'autre moitié est au dessus. Quatre polluants indicateurs de la pollution urbaine et réglementés en France ont été sélectionnés : dioxyde d'azoteozoneparticules en suspension PM10 et particules fines PM2,5.